Lundi 29 juin 2009

Après deux heures d’attente insoutenable car pressé de montrer sa découverte, le professeur Grindorge arriva. Il était allé déposer les découvertes faites ce matin, au musée archéologique se trouvant non loin de la cathédrale. Notre ami lui fit part de sa découverte et lui présenta le coffre. Il devint tout pale et eu l’air agréablement surpris puis cela évolua vers la satisfaction, un peu comme une personne qui cherche sa vie durant un objet précis et qui le trouve. Il lui demanda s’il en avait touché quelques mots aux autres, et Romain répondit par la négative, ajoutant qu’il était monté aussitôt afin de lui en parler. Il surenchérit par un « bien » puis lui demanda de retourner au classement des monnaies. Ce qui était étrange, c’est que le professeur ne fit part à personne de la découverte…

Au lendemain de la mystérieuse découverte, Romain se pressa de demander au professeur s’il avait réussit à identifier sa découverte passée. Il lui répondit qu’il ne savait pas de quoi il parlait…Etonnant, cette subite indifférence à son égard et surtout de feindre l’ignorance face à cette trouvaille. Il lui cachait quelque chose…Il en était sûr…Il ne pouvait même pas se confier, ni demander aux autres de la campagne car ils ne soupçonnaient même pas l’existence de cette découverte. Romain se replongeait alors pour la journée dans le nettoyage des monnaies trouvées la veille.

Le week-end commençait et notre ami savait déjà ce qu’il en ferait. Il passerait celui-ci à la bibliothèque afin de glaner des informations sur cette étrange amulette trouvée sur le site de fouilles. Heureusement, il serait aidé dans cette difficile quête par les schémas et croquis qu’il avait fait préalablement.

La bibliothèque de Chartres tout juste déplacée dans l’ancienne poste centrale, construite par Brandon comme une petite cathédrale répondant à la Grande. L’intérieur refait, est dépouillé, et laisse place à des bétons bruts de décoffrage et des poutres métalliques apparentes. L’étage qui intéressait le plus notre ami ce samedi, c’est le dernier, là où sont disposés les livres d’art et d’histoire de l’art. Il offre, de surcroît, une fort belle vue sur la cathédrale, une vue très appréciée, à en voir le monde agglutiné aux tables offrant ce panorama tant désiré. Il débuta sa recherche par le peuple Carnute, puis dégraissa et centra sur le sacerdoce et le druidisme…

Après quelques heures de lecture, deux, voire trois, peut-être même quatre heures, le cerf gravé sur le haut de l’amulette était identifié. Il s’agissait du Dieu Cernunnos. Le dieu préféré de nos ancêtres Carnutes, il était surnommé « le maître des animaux sauvages », il était, en outre, le dieu de la virilité, des richesses, des forêts, des animaux, et de la régénération de la vie. Mais que faisait-il donc ici ? Cette question resta sans réponse ce qui frustrait bien notre ami.

Romain ne restant jamais sur une défaite, se plongea dans « les sciences de l’amulette ». Il lu bien des ouvrages, parcouru des livres qui promettaient monts et merveilles quand il tomba enfin sur le bon : «  L’Art des amulettes chez les druides ».

L’amulette et/ou les pendentifs sont comme des clés, ils ouvrent un autre monde, le monde des dieux, ceux-là même qui nous protègent : Cernunnos, Toutatis, Taranis, Esus et Sucellos…C’est aussi pour cela que les druides en confectionnaient tant, ils étaient la clé de la réussite de leurs rituels et cérémonies.

Cependant, à la fin du druidisme et au début de l’ère chrétienne, on leur allouait une autre fonction, plus ostentatoire, celle d’une appartenance à la communauté druidique, elles permettaient même de se repérer. En effet, certaines contenaient des cartes afin de retrouver les sources druidiques.

Petit à petit, cela s’est effacées de la mémoire collective, les sources ont disparu ou ont servi de base « spirituelle » à la construction d’édifices religieux tels que les églises. Romain exultait, si cela se trouve l’amulette trouvée était porteuse d’un plan qui mènerait à une source druidique alors inconnue car aucune n’a été retrouvée dans la région. Quelle trouvaille archéologique de taille ce serait ! Il se voyait déjà poser pour la photographie comme l’avait fait auparavant quatre adolescents avec Lascaux.

Peut-être que le professeur voulait prendre sa découverte et s’approprier à lui seul celle-ci. En attendant, notre ami cherchait à quelle ville ou endroit, la carte de l’amulette renvoyait. La tâche était perdue d’avance, il y avait deux mille ans qui s’était écoulé depuis les Carnutes, les cartes seraient complètement obsolètes et les Carnutes n’étaient pas réputés pour leur sens de l’orientation…

Romain n’attendait plus qu’une chose : que le week-end passe vite, très vite ! Comme à l’habitude, dans ce cas, le week-end lui paru interminablement long. Il passa tout son dimanche devant la télévision, à regarder des documentaires sur l’archéologie, seul remède à son mal.

Le lundi pointa le bout de son nez, notre apprenti archéologue s’était levé aux aurores, il arriva même au chantier avec une demie heure d’avance, lui qui était d’habitude fâché avec la ponctualité.

Le professeur arriva avec cinq minutes de retard, ce qui fit penser, à notre jeune ami, le pire, comme un rhume le paralysant pour la journée…L’adolescent s’avança vers lui d’un pas décidé, avec un air suffisant, peut-être même trop suffisant. Il l’apostropha : « Monsieur ! Monsieur, faut que je vous parle ! Je sais que l’amulette est une carte !

- Chut ! Chut ! S’exclama-t-il. Et puis d’abord je ne vois pas ce dont à quoi vous faites référence ! A cette heure, vous devriez être entrain de continuer les recherches, et fouiller ! Si vous ne le faites pas, je ne vois pas à quoi vous me servez !

-Mais…mais…essaya-t-il de dire.

-Vite coupé par Graindorge. La discussion est close ! Allez… »

Romain enrageait, il était fumas contre le professeur mais surtout contre lui-même, de n’avoir même pas pu en placer une dans la discussion. Il se sentait humilié, son honneur bafoué, ses recherches et le temps passé dessus ne servaient à rien.

Il passa sa matinée à ruminer l’humiliation du matin, cela se voyait à travers son travail. Les coups de pelle, de pinceau étaient nerveux, il n’était pas prêt de décolérer.
Par Romain Ravignot de Chevrier - Publié dans : Ecriture - Communauté : jeune auteur et compositeur
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